(Réf : Orthomagazine n°48 -octobre 2003)

On sait que les nourrissons réagissent aux traits spécifiques de la voix maternelle – la forme, la hauteur, le volume, l’accentuation – dès les premiers jours de la vie. Ils savent ainsi discriminer les sons tels que /ba/ et /pa/ - phonèmes voisés et non voisés – bien avant de maîtriser les autres habiletés linguistiques nécessaires au développement du langage. On sait aussi combien la façon des adultes de parler aux nourrissons – qu’ils soient leurs parents ou non – est particulière. En fait, le « parler-bébé » possède des propriétés qui aident le nourrisson à développer ses capacités langagières : ce mode d’expression est plus lent, plus aigu, son intonation est exagérée, etc. Le Dr Beller a cherché à utiliser ces éléments dans la méthode sémiophonique en mettant au point le son paramétrique et l’alternance (segmentation).

Le Dr Beller a aussi tenu compte de façon originale des problèmes socio-relationnels et interpersonnels auxquels sont confrontés les enfants dyslexiques. En effet, les difficultés de l’enfant proviennent en partie de son refus de s’exposer à ce qu’il ressent comme un échec. C’est pourquoi, dans le dispositif de la rééducation sémiophonique, le thérapeute a la possibilité de se situer en position tangentielle plutôt que centrale par rapport à son patient. Le rééducateur peut ainsi décider à tout moment que la rééducation est l’affaire du participant lui-même. Seul avec son micro-casque, dispositif facilement accepté par les enfants d’aujourd’hui, le dyslexique a l’impression de prendre en charge sa propre destinée ! Il travaille à la vitesse qu’il souhaite, de la manière qui lui convient. Cela concerne également le choix des objets avec lesquels il souhaite jouer pendant les premières séances ou, plus tard, le livre qu’il utilisera pour la rééducation. Le thérapeute est évidemment présent, mais a ainsi la possibilité d’éviter de tenir un rôle que l’enfant peut ressentir comme insupportable.

La phase cruciale d’automatisation de la lecture est obtenue en détournant l’attention de l’enfant du processus de rééducation acoustique, et cela spécialement pendant les premières phases de la rééducation. C’est même l’effet qui est recherché : pendant qu’il écoute sa cassette, l’enfant est encouragé à prêter attention aux différentes activités qui lui sont proposées, telles que faire un puzzle, jouer au légo, dessiner, etc. Le but, ici, est d’amener l’enfant à intégrer définitivement les éléments primitifs linguistiques de manière à ce qu’il puisse librement mobiliser son attention. Le système cognitif se dégage ainsi peu à peu de cette tâche, pendant que l’enfant en rééducation imite sans y penser les éléments acoustiques qu’on lui demande de répéter dans son micro, ou plus tard les items qu’on lui demande de lire.

Les systèmes audio-phonatoire et auditivo-verbal du sujet sont ainsi directement concernés par le lexiphone. La mise au point de l’appareil fut guidée, dès le départ, par la reconnaissance d’un phénomène qualifié plus tard de « conscience phonologique », et dont le Dr Beller avait saisi l’importance dans l’apparition des difficultés spécifiques que l’enfant dyslexique rencontre dans l’apprentissage de la lecture. Le son paramétrique permet ainsi de singulariser les contours prosodiques du langage – ou de la musique- en les rendant « visibles ». Dans la mesure où il n’est porteur d’aucune signification, il permet à ces éléments d’être automatisés par l’enfant de façon inconsciente. L’idée est que l’enfant peut ainsi intégrer les éléments lui permettant de créer des liens enfin solides entre ses habiletés linguistiques et sa manière d’appréhender l’écriture. Plus tard, grâce à l’alternance, son attention est mobilisée par les similarités et les différences existant entre les mots et leur structure. La conscience phonologique, située par la majorité des auteurs d’aujourd’hui au centre de l’apprentissage de la lecture, se trouve de la sorte rééduquée.

L’approche du Dr Beller est ainsi basée sur des principes scientifiques et pédagogiques. Il arrive que l’on considère que l’un ou l’autre des éléments en jeu dans la rééducation sémiophonique soient insuffisants. Mais c’est l’ensemble du « package » qui paraît ici important, et qui en constitue l’originalité.